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 Même si un jour je gagne au loto...

 

"Il m'avait traité ce flic. Il avait traité ma mère... fils de pute et tout. Il m'a même braqué avec son flingue. Ça m'était jamais arrivé. Et il avait commencé à me tabasser. Je rentrais de mission (ndlr: fin d'une journée de travail d'un intérimaire pour une entreprise de nettoyage), j'avais que zéro quarante gramme d'alcool mais c'était la deuxième fois. Alors au poste, j'ai commencé à faire la pute. Excusez moi, monsieur, si je vous ai mal parlé, je suis désolé.... et tout. Et lui, il a continué. Ah! tu fais la pute maintenant! j'ai traité ta mère, j't'ai tabassé, j't'ai insulté et toi tu fais la pute! Il criait ça en s'approchant. C'est tout ce que je voulais. Quand il a été assez près, je lui ai mis un putain de coup de boule sur le nez et j'ai entendu CRRAAK!. Vous me croyez si vous voulez, hein, mais même si un jour je gagne au loto, je sentirai pas la même chose qu'avec ce bruit. Je savais que j'en prenais pour six mois, mais ce CRRAAK!...."

Abdelkarim est un grand échalas, tout sec, élégant, policé, presque obséquieux. Un ton juste un peu trop emprunté, comme un vendeur de téléphones portables qui n'a pas encore senti que l'affaire lui échappe.
Quand il commence à parler, ses mains sont sagement croisées sur ses genoux. Elles s'ouvrent ensuite comme celles d'un politicien qui veut poser son discours et témoigner de sa bonne foi, mais finissent par entraîner ses longs bras et l'ensemble du tronc dans une gestuelle qui rappelle celle d'un boxeur à l'échauffement.
Une longue cicatrice de trépanation est parfaitement visible sous ses cheveux coupés très courts. Il s'est planté en voiture à cause de la magie noire de sa belle mère. A cause de l'accident, sa femme à cru qu'il ne serait plus utile à rien et elle s'est barrée. Mais aussi à cause de la magie noire. Il a mis beaucoup de temps à s'en rendre compte. C'est toujours comme ça avec ceux qui sont victimes d'un maléfice, c'est les derniers à s'en rendre compte. Le marabout le lui a bien expliqué. Il avait tout compris tout de suite: tout était de la faute de la belle mère, comme s'il la connaissait. Il ne faut pas croire, il y a encore beaucoup de personnes qui utilisent la magie, et pas que les noirs et les algériens, le juifs et le tunisiens aussi. Enfin il lui a fabriqué un talisman tout exprès et depuis tout va mieux et il ne le quitte jamais. L'histoire du flic bien sûr, ça n'a rien à voir. Sur ce coup là il est entièrement responsable.
Mais maintenant grâce à son talisman, il a retrouvé un emploi d'insertion (il repose ses mains, sagement sur ses genoux) "dans un environnement agréable et convivial, un travail intéressant et très instructif, avec une dimension sociale et proche des gens". Il est agent d'accueil dans une association qui s'occupe de commerce équitable.

Abdelkarim m'a valu une engueulade avec celle que je suis en amour avec, qui ne supporte pas les coups de boule sur les représentants des forces de l'ordre surtout s'il sont accompagnés (les coups de boule) d'une fière jubilation. Moi, je supporte mal l'humiliation gratuite et encore moins l'humiliation payante, et je le trouvais crédible ce type avec un talisman autour du cou.
Du coup, on a eu une violente discussion sur la violence. Les boules.


Commentaires

un monsieur tranquille

T'es obligé d'écrire aussi bien?
C'est complètement visuel: j'imagine un jeune John Turturro dans le rôle d'Abdelkarim: doucereux, sensible , poli et totalement dénué d'empathie.
Je ne vois pas de raison dans cette histoire, de te fâcher avec ta compagne. J'imagine que si tu as eu cette consultation avec ce zygue, c'est que tu t'en payes quelques autres avec des gens légèrement glissants sur le terrain non-existant de la réalité objective.
Offre-lui des fleurs (pas des chrysanthèmes, sauf si c'est Mitra), invite-la  à dîner dehors.
Nous faisons tous partie des preneurs de réalité subjective, centrée autour de nous-mêmes. Celà rend les compte-rendus difficiles à catégoriser, voire à classer.
Je me souviens de gens parlant du traitement injuste que leur réservait la barmaid (elle ne leur souriait jamais), ou de l'indifférence que leur manifestait leur soeur, même quand ils leur apportaient des biens de consommation si chèrement désirés. Celà leur était insupportable, mais ils l'exprimaient calmement, sans jamais user de gros mots.
Puis ils reprenaient leur fusil et repartaient pour une journée de travail. Certains étaient des francs-tireurs (snipers) et passaient leur journée à ruminer les injustices ou la froideur qu'on leur manifestait, tout en essayant de dégommer des silhouettes à distance.
Rien ne me semblait plus abject, pourtant il fallait boire des coups avec eux. Eux-mêmes continuaient à larmoyer sur leur solitude..finalement, en  t'écrivant ceci, je me rends compte d'une chose: jamais je ne parlerais de ça à ma fille, car elle me jugerait sévèrement d'avoir cotoyé de telles personnes, même si c'était pour condamner leurs chefs.
donc c'est normal que ta femme te fasse la gueule!
Je t'ai aidé, là,non? Merci leblase!
 

 

 

Re: un monsieur tranquille

John Turturo, exactement!  et bien sûr que tu me rends service, en particulier en indiquant de ton index précis comme une boussole, la direction de l'empathie. Tu as relancé la discussion et elle n'a pas attendu que je l'invite au resto. Le problème est de savoir si l'empathie dépend plus de l'empathé, de l'empatheur, de la relation qui existe entre eux, ou de l'empâtement des circonstances. Si j'avais été moins empoté j'en aurais aussi exploré les limites mais je me suis dit qu'à sa place j'aurais préféré parler d'autre chose.
Sinon, si ta biographie paraît un jour sous une autre forme que telle les taches sur la robe d'un guépard, j'achete!

 

 

Re: Re: un monsieur tranquille

En homme d'expérience et de terrain, tu sais qu'il vaut mieux être et paraître empoté qu'amputé: cela ne déclenche pas le même type d'empathie car l'une va jusqu'à la pitié..
Mais tu as senti le danger: l'empâtement (et l'on ne parle pas nécessairement là d'appétence démesurée pour les pâtes, le paté, la potée, mais bien du ralentissement consécutif au confort de croire sa place gardée, douillette et imperméable à la remise en question dans le coeur d'une donzelle).
De totues manières, l'empâtement, un physicien tel que toi le sait, n'amasse que de l'énergie lourde, sinon morte.
Carbone, carbone..

 

 

Quelle note !! Houlala quelle note ! excellentissime !

 

 

Re:

merci, merci.:)

 

 

Si je comprend bien, à vous deux, vous avez fini par avoir la peau du flic mais ton amour est un peu plus coriace ?

C'est des choses qu'elles arrivent mais que veux-tu, la facilité ne guette jamais l'homme de talent.

 

 

Re:

Tu as raison, mon amour est bien plus coriace. C'est elle qui a eu ma peau, mais moi je l'ai dans la mienne.
 "la facilité ne guette jamais l'homme de talent" tu en as bien plus l'expérience que moi alors je veux bien te croire sur parole.

 

 

Un train d'injures en cache un autre?

On pourrait croire qu'en ces temps de susceptibilité de la maréchauusée,on est parfois témoins de ce genre de scéne ,où des représentants de l'ordre public font désordre à l'ordre public en abusant de leur position  de force de l'ordre...on pourrait croire que n'écoutant que votre courage,vous Domydany, vous avez volé au secours d'un quidam ...car ne suppportant pas  l'humiliation gratuite  et l'arrogance policière..

Et la note aurait pu s'arrêter là et être  une simple dénonciation de la politique Sarkozienne, ...

Non,  en fait  et à mon sens,elle se tient dans le dernier paragraphe ,dans la scéne conjugale, et avec l'entrée en scène de "la boulangére" (à cause du chat du salonde coiffure),

et là je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec un blog ami ,on se croirait chez  Leblase  où flotte en permanence l'ombre de Sirène ,

VOus avez de drôles de façon de dire je t'aime, vous les mecs!

 

 

Re: Un train d'injures en cache un autre?

Comme tu généralises, Elle!
Et il va falloir que vous m'expliquiez pourquoi tu me vouvoies

 

 

Dommage

Dommage qu'on trouve sur le web des articles de ce genre, qui pourraient être intéressants, mais qui se drapent d'un style faussement littéraire pour afficher leur mépris de la police.

Ou plutôt leur agressivité, car le mépris, encore faudrait-il pouvoir l'assumer.
C'est-à-dire, par exemple, le jour où des cambrioleurs camés entrent dans la maison à deux heures du mat, se dire crânement : "Non, soyons cohérents, je méprise les flics, donc je ne les appelle pas, moi, j'nik les keufs".  Mais que croyez-vous qu'il arrivera, cette nuit-là, dans la vraie vie ? Les zorros du blog, les Tartarins de parade, les matamores d'opérette, les révolutionnaires de dimanche soir mais petits employés du lundi matin,  ils pisseront dans leur froc en appelant le 17 et en suppliant à voix basse : "Venez vite, monsieur le policier, je vous en prie !"